Beaucoup d'alternants ignorent qu'ils ont, en principe, les mêmes droits salariaux que leurs collègues en CDI. L'article L. 6325-6 du Code du travail est pourtant explicite : les alternants bénéficient de l'ensemble des avantages accordés aux autres salariés de l'entreprise. Alors, 13ème mois ou pas ? La réponse ne se trouve pas dans la loi, mais dans votre contrat, votre convention collective ou les usages de votre entreprise.
TL;DR : Cet article en bref
- L'article L. 6325-6 du Code du travail garantit aux alternants les mêmes avantages salariaux que les autres salariés : le 13ème mois s'applique donc s'il existe un usage, un accord ou un engagement de l'employeur.
- Le calcul repose sur le salaire brut réel de l'alternant (pas sur le minimum légal), avec proratisation si l'année est incomplète.
- En cas de refus injustifié, plusieurs recours existent : CSE, inspection du travail, voire les Prud'hommes.

Le 13ème mois en alternance, c'est quoi au juste ?
Le 13ème mois n'est pas une obligation légale universelle. Il s'agit d'une prime équivalente à un mois de salaire supplémentaire, versée selon les modalités prévues par un accord collectif, un usage d'entreprise ou un engagement contractuel de l'employeur. Sans l'un de ces 3 fondements, aucun salarié ne peut légalement l'exiger.
Ce qui change tout pour les alternants, c'est l'article L. 6325-6 du Code du travail. Ce texte pose un principe clair : dès lors que l'entreprise verse un 13ème mois à ses salariés, l'alternant ne peut pas en être écarté sans justification légale valable. Autrement dit, le statut d'apprenti ou de salarié en contrat de professionnalisation ne constitue pas, en soi, un motif d'exclusion.
Avant même d'entamer une discussion avec l'employeur, nous vous recommandons de vérifier si un usage d'entreprise existe : interrogez les représentants du personnel, consultez les bulletins de paie de collègues (avec leur accord) et demandez à accéder à la note de service ou à l'accord qui fonde cette pratique. Un usage s'impose à l'employeur dès lors qu'il est général, constant et fixe.

Apprentissage ou professionnalisation, même combat ?
En théorie, le principe est identique pour les 2 types de contrats. En pratique, des nuances existent selon les branches professionnelles. Voici comment les 2 statuts se comparent sur les points essentiels :
| Critère | Contrat d'apprentissage | Contrat de professionnalisation |
|---|---|---|
| Statut juridique | Salarié (CDD spécifique) | Salarié (CDD ou CDI) |
| Application du 13ème mois | Oui, si usage ou accord dans l'entreprise | Oui, si usage ou accord dans l'entreprise |
| Exceptions fréquentes | Certaines conventions de branche excluent les moins de 18 ans | Certaines conventions excluent les périodes de formation |
| Risque d'inégalité | Faible si L. 6325-6 bien appliqué | Faible si L. 6325-6 bien appliqué |
Résultat : dans la grande majorité des entreprises, les 2 types d'alternants bénéficient des mêmes avantages salariaux. Pourtant, certaines conventions collectives prévoient des exceptions, notamment pour les jeunes de moins de 18 ans ou pour les périodes de formation hors entreprise. Pour les alternants qui se demandent si des règles similaires s'appliquent dans le travail temporaire, les précisions sur le 13ème mois pour les intérimaires apportent un éclairage utile.
Qui y a réellement droit parmi les alternants ?
Un alternant est un salarié à part entière. Ce n'est pas une formule de style : c'est ce que consacre le Code du travail, avec toutes les conséquences que cela implique sur les avantages en vigueur dans l'entreprise.
Les 3 conditions d'accès au 13ème mois
Un usage, un accord d'entreprise ou un engagement écrit de l'employeur doit exister : sans ce fondement, personne ne peut réclamer la prime.
L'alternant doit être reconnu comme salarié à part entière, ce que garantit son contrat dès le 1er jour d'exécution.
Les critères d'ancienneté éventuellement prévus par l'accord ou l'usage doivent être respectés, au même titre que pour les autres salariés.
Et côté ancienneté, ça compte comment ?
L'ancienneté de l'alternant commence à courir dès le premier jour d'exécution du contrat. C'est un point que certains employeurs sous-estiment, en croyant que la période d'alternance ne compte pas pleinement.
Concrètement, si l'entreprise exige 6 mois ou 1 an d'ancienneté pour bénéficier du 13ème mois, l'alternant remplit cette condition dès lors qu'il atteint ce seuil. La 13ème mois et ancienneté est une question qui mérite d'être vérifiée dans chaque accord, car la proratisation peut s'appliquer dès la 1ère année ou seulement à partir de la 2ème selon les textes.

Calculer le 13ème mois d'un alternant au centime près
La base de calcul, c'est le salaire brut réel perçu par l'alternant, et non le salaire minimum légal ou le SMIC.
Et ce n'est pas tout. Si l'alternant n'a pas travaillé toute l'année, la prime est proratisée en fonction du nombre de mois effectivement travaillés.
C'est d'autant plus critique que certains cas particuliers viennent compliquer le calcul : un avenant de salaire en cours d'année, un arrêt maladie prolongé ou une rupture anticipée du contrat peuvent tous modifier le montant final.
Ne confondez pas le salaire légal minimum de l'alternant (qui dépend de son âge et de son année de formation) avec le salaire brut réel figurant sur ses bulletins de paie. Le 13ème mois se calcule sur ce dernier. Si l'entreprise applique un taux supérieur au minimum légal, c'est ce taux qui sert de base, pas le plancher réglementaire.
La base de calcul : salaire brut ou salaire légal minimum ?
Le 13ème mois se calcule sur le salaire brut réel de l'alternant, c'est-à-dire celui qui figure sur ses bulletins de paie. Ce montant peut être supérieur au minimum légal si l'entreprise applique un accord de branche plus favorable ou une politique salariale interne.
En aucun cas le calcul ne s'effectue sur le SMIC ou sur le barème légal minimum applicable aux alternants. Certaines conventions collectives précisent toutefois leur propre mode de calcul, qu'il convient de consulter en priorité.
Proratisation pour année incomplète : la formule qui tue
Lorsque l'alternant n'a pas accompli une année complète, la prime est calculée au prorata. Voici comment appliquer la formule :
- Multiplier le salaire brut mensuel par le nombre de mois travaillés dans l'année de référence.
- Diviser ce résultat par 12 pour obtenir le montant proratisé.
- Pour les mois incomplets, compter les jours réellement travaillés rapportés au nombre de jours ouvrés du mois.
Par exemple, un alternant entré en avril et dont le 13ème mois est versé en décembre perçoit 9/12ème de la prime annuelle. Un outil de gestion du personnel intégrant ces règles de proratisation facilite considérablement ce type de calcul. Pour aller plus loin, les détails sur le calcul du 13ème mois au prorata permettent de traiter les situations de départ en cours d'année.
Quelques cas particuliers à surveiller…
Un avenant de salaire signé en cours d'année change la base de calcul pour la période concernée.
Le cas de l'arrêt maladie mérite une attention spécifique : les périodes non assimilées à du temps de travail effectif peuvent réduire le montant de la prime, selon les termes exacts de l'accord ou de l'usage en vigueur.
Versement : quand et sous quelle forme ?
La date de versement dépend entièrement de l'accord ou de l'usage qui fonde la prime. Le mois de décembre reste le plus fréquent, mais certaines entreprises optent pour janvier ou pour un fractionnement en 2 versements (souvent juin et décembre).
Sur le plan fiscal et social, le 13ème mois est traité comme un salaire ordinaire. Il est donc soumis aux cotisations sociales, à la CSG (contribution sociale généralisée), à la CRDS (contribution pour le remboursement de la dette sociale) et à l'impôt sur le revenu. Il apparaît sur le bulletin de paie sous la forme d'une ligne de prime distincte, ce qui garantit une traçabilité claire pour l'alternant comme pour l'employeur.

Quelques points de vigilance pour les RH et les managers…
Exclure un alternant du 13ème mois sans base légale solide expose l'entreprise à un risque réel de contentieux. L'article L. 6325-6 est clair, et les juridictions prud'homales n'ont aucune tolérance pour les inégalités de traitement non justifiées. Voici les points à contrôler systématiquement :
- Vérifier que la convention collective applicable ne contient pas de clause d'exclusion spécifique aux alternants.
- Contrôler les usages internes et s'assurer qu'ils sont appliqués de manière homogène à l'ensemble des salariés.
- Anticiper les clauses de présence : si l'accord prévoit que le salarié doit être présent au moment du versement, cette condition s'applique aussi à l'alternant en cas de rupture anticipée.
- Assurer la traçabilité des pratiques dans le SIRH (système d'information des ressources humaines), en particulier lors des renouvellements de contrats.
Un logiciel de gestion des contrats permet de centraliser ces informations et d'éviter les oublis lors des campagnes de versement annuelles.
Et si l'employeur refuse de verser le 13ème mois ?
Le refus n'est pas sans issue. Commencer par un dialogue direct avec le service RH ou le manager reste la voie la plus rapide.
Si la discussion n'aboutit pas, la saisine du CSE (comité social et économique) ou des délégués du personnel constitue une étape intermédiaire efficace. Le pire ? Ignorer la situation et laisser prescrire ses droits. La Cour de cassation a reconnu, dans un arrêt du 18 mai 1999 (Cass. Soc., n°97-40.643), que l'usage d'entreprise s'impose à l'employeur dès lors qu'il est établi. En dernier recours, la saisine des Prud'hommes reste possible, mais la charge de la preuve de l'usage pèse sur le salarié.
Nous vous recommandons de conserver tout document attestant de l'usage : bulletins de paie de collègues (avec leur accord explicite), notes internes, échanges de mails avec les RH, attestations de représentants du personnel. Ces éléments constituent la base de votre dossier en cas de recours contentieux.
FAQ : Tout savoir sur le 13ème mois des alternants
Un alternant en CDD a-t-il droit au 13ème mois ?
Oui, dès lors que l'entreprise verse un 13ème mois à ses salariés permanents. Le contrat d'alternance est juridiquement un CDD spécifique, mais cela ne constitue pas un motif d'exclusion valable au regard de l'article L. 6325-6. L'alternant bénéficie des mêmes avantages que les autres salariés, sous réserve de remplir les conditions d'ancienneté ou de présence éventuellement prévues par l'accord ou l'usage.
Le 13ème mois est-il obligatoire pour les alternants ?
Non, il n'existe pas d'obligation légale générale de verser un 13ème mois, que ce soit pour les alternants ou pour les autres salariés. En revanche, il devient obligatoire dès lors qu'un des fondements suivants existe :
- un accord collectif d'entreprise ou de branche le prévoit,
- un usage d'entreprise général, constant et fixe est établi,
- le contrat de travail ou une note de service le mentionne explicitement.
Dans ces situations, l'alternant ne peut pas en être exclu sans base légale.
Comment savoir si mon entreprise verse un 13ème mois ?
La première source à consulter est votre contrat de travail ou votre convention collective applicable. Si rien n'y figure explicitement, il vaut la peine d'interroger directement les ressources humaines ou les représentants du personnel. Ces derniers ont accès aux usages et accords en vigueur et peuvent confirmer si la pratique existe. Demander à voir un bulletin de paie type (anonymisé) d'un collègue peut également apporter la réponse.
Le 13ème mois compte-t-il pour le calcul de l’indemnité de licenciement ?
En règle générale, oui. Le 13ème mois est intégré dans le salaire de référence servant au calcul de l'indemnité de licenciement, car il s'agit d'un élément de rémunération habituel. Ce n'est pas automatique toutefois. Certaines conventions collectives prévoient explicitement son exclusion du salaire de référence, ce qui peut réduire sensiblement le montant de l'indemnité calculée.
Peut-on perdre son 13ème mois en cas d’absence prolongée ?
Tout dépend des conditions posées par l'accord ou l'usage qui fonde la prime. Si celui-ci prévoit que les absences non assimilées à du temps de travail effectif (comme certains arrêts maladie) réduisent le montant de la prime, alors une proratisation ou une exclusion partielle est possible. En revanche, les absences légalement assimilées à du travail effectif (congé maternité, accident du travail) ne peuvent pas, en principe, être déduites.
Le 13ème mois est-il versé en cas de rupture anticipée du contrat d’alternance ?
Cela dépend des clauses de présence stipulées dans l'accord ou l'usage. Si une telle clause exige que le salarié soit présent à la date de versement, un départ avant cette date peut entraîner la perte du droit à la prime. En pratique, voici les situations les plus fréquentes :
- départ avant la date de versement avec clause de présence : prime non versée,
- départ avant la date de versement sans clause de présence : prime proratisée due,
- rupture pour faute grave : les modalités dépendent de l'accord applicable.
📚 SOURCES
- Légifrance : article L. 6325-6 du Code du travail (droits des alternants aux avantages salariaux)
- Cour de cassation, chambre sociale, 18 mai 1999, n°97-40.643 (reconnaissance de l'usage d'entreprise)
- Légifrance : articles L. 1237-1 et suivants du Code du travail (rupture du contrat à durée déterminée)
- Ministère du Travail, du Plein emploi et de l'Insertion : guide de l'apprentissage, édition 2024
- Légifrance : articles L. 6221-1 et suivants du Code du travail (contrat d'apprentissage)
- Légifrance : articles L. 6325-1 et suivants du Code du travail (contrat de professionnalisation)