Les intérimaires n'ont pas droit au 13ème mois. Cette idée reçue est tenace, mais le Code du travail dit le contraire. L'article L1251-18 pose un principe clair : l'égalité de traitement entre salariés permanents et intérimaires. Concrètement, si les salariés de l'entreprise utilisatrice bénéficient d'un 13ème mois, vous y avez droit aussi. Des conditions d'ancienneté et de présence s'appliquent, mais le principe reste le même.
TL;DR : Cet article en bref
- Le 13ème mois en intérim est un droit légal (article L1251-18), pas une faveur : vous en bénéficiez si les salariés permanents de l'entreprise utilisatrice en ont un.
- Les 3 conditions clés à réunir : ancienneté suffisante (souvent 1 an), présence effective sur la période de référence, et absence de faute grave.
- En cas de refus injustifié, 4 recours existent : vérification des documents, relance amiable, mise en demeure, puis saisine des Prud'hommes.

Le 13ème mois en intérim : droit acquis ou faveur de l'employeur ?
Le Code du travail est formel : l'article L1251-18 impose l'égalité de traitement entre les intérimaires et les salariés permanents de l'entreprise utilisatrice pour tous les éléments de rémunération.
Résultat : si les collaborateurs en CDI perçoivent un 13ème mois, l'intérimaire placé dans la même structure y est éligible, sous réserve de remplir les conditions prévues par la convention collective ou l'accord d'entreprise applicable.
Pourtant, beaucoup d'intérimaires l'ignorent et ne le réclament jamais. Ce n'est pas une faveur discrétionnaire de l'employeur, c'est un droit conditionné, mais un droit tout de même.

3 conditions clés pour toucher votre 13ème mois
Le principe d'égalité de traitement ouvre le droit, mais il ne suffit pas à déclencher automatiquement le versement. Les conditions concrètes sont précisées par la convention collective applicable à l'entreprise utilisatrice ou par un accord d'entreprise.
Voici les critères les plus fréquemment retenus :
- Une ancienneté minimale au sein de l'entreprise utilisatrice (généralement 1 an de présence effective)
- Une condition de présence sur la période de référence (souvent l'année civile ou l'exercice en cours)
- L'absence de faute grave ou de motif de rupture spécifique prévu par l'accord
- Le respect des modalités de calcul propres à chaque accord (prise en compte ou non des primes, des absences)
Avant toute mission longue, nous vous recommandons de demander à votre agence d'intérim quel accord collectif régit l'entreprise utilisatrice. C'est dans ce document que vous trouverez les conditions exactes du 13ème mois : ancienneté requise, période de référence, modalités de versement. Ne laissez pas cette vérification pour la fin de mission.
L'ancienneté en intérim, ça se compte comment exactement ?
L'ancienneté prise en compte est celle acquise au sein de l'entreprise utilisatrice, pas celle accumulée avec votre agence d'intérim. Deux agences différentes, même EU : l'ancienneté compte quand même.
Vous pouvez donc cumuler des missions successives chez le même client pour atteindre le seuil requis. C'est l'un des aspects les moins connus du dispositif, et l'un des plus favorables aux intérimaires. Pour en savoir plus, consultez les règles relatives à la condition d'ancienneté pour le 13ème mois.
Et si vous enchaînez plusieurs missions courtes ?
Le 13ème mois est alors calculé au prorata des jours travaillés. Des missions successives chez la même entreprise utilisatrice permettent de cumuler l'ancienneté nécessaire.
Attention aux interruptions longues : elles peuvent réinitialiser le compteur d'ancienneté selon les termes de l'accord applicable.

Un exemple chiffré pour calculer votre 13ème mois
La formule de base est simple : on divise le salaire brut moyen par 12, puis on multiplie par le nombre de mois travaillés sur la période de référence.
| Paramètre | Valeur exemple |
|---|---|
| Salaire brut mensuel moyen | 2 200 € |
| Mois travaillés chez l'EU | 8 mois |
| Formule appliquée | (2 200 x 8) / 12 |
| 13ème mois au prorata | 1 467 € brut |
Les absences non rémunérées (maladie, congé sans solde) réduisent en général la base de calcul. C'est pourquoi il est utile de consulter la page dédiée au 13ème mois en arrêt maladie pour mesurer l'impact exact sur votre prime. Pour une situation de départ en cours d'année, les règles du 13ème mois au prorata s'appliquent de la même façon.

Quand et comment touchez-vous votre 13ème mois ?
Pour les salariés permanents, le versement intervient le plus souvent en décembre ou en 2 fois (juin et décembre). Pour les intérimaires, c'est différent.
Et ce n'est pas tout. En pratique, le 13ème mois est souvent versé à la fin de la mission, au prorata des jours travaillés, et apparaît sur le bulletin de paie sous une ligne dédiée. Si votre mission est toujours en cours à la date habituelle de versement, l'accord ou la convention collective précise si vous en bénéficiez immédiatement ou à la clôture de la mission.
Nous vous recommandons d'anticiper ce versement dans votre gestion budgétaire personnelle, surtout si votre mission s'achève en milieu d'année. Le montant peut représenter plusieurs semaines de salaire brut : le prévoir évite les mauvaises surprises dans les deux sens. Un outil de gestion du personnel intégrant le suivi des primes permet aux entreprises utilisatrices de ne rien omettre.
13ème mois non versé : les 4 étapes pour récupérer votre dû
Vous remplissez les conditions et rien n'a été versé ? La jurisprudence de la Cour de cassation est globalement favorable aux intérimaires sur ce point.
Rassemblez d'abord vos contrats de mission, bulletins de paie et la convention collective applicable : c'est la base de tout recours.
Envoyez ensuite une relance écrite à votre agence et à l'entreprise utilisatrice, puis une mise en demeure formelle avec les références légales précises. En dernier ressort, le Conseil de Prud'hommes reste une voie efficace, avec des précédents favorables aux salariés en mission.
FAQ : Tout savoir sur vos droits au 13ème mois en intérim
Conservez précieusement tous vos bulletins de paie et contrats de mission, même après la fin d'une mission. En cas de litige, ces documents sont vos seules preuves. Un logiciel de gestion intérim facilite ce suivi côté agence, mais côté intérimaire, le dossier papier ou numérique reste indispensable.
Un intérimaire en mission courte peut-il toucher le 13ème mois ?
Oui, à condition de respecter le seuil d'ancienneté fixé par l'accord applicable. Si ce seuil n'est pas atteint en une seule mission, des missions successives chez la même entreprise utilisatrice permettent de cumuler. Le montant sera alors calculé au prorata des jours effectivement travaillés sur la période de référence.
Le 13ème mois est-il obligatoire dans toutes les entreprises ?
Non, aucune loi ne le rend obligatoire de façon universelle. Tout dépend de la convention collective ou de l'accord d'entreprise applicable. Certaines entreprises l'ont inscrit dans leur accord depuis des décennies ; d'autres ne l'ont tout simplement pas prévu. C'est cette source conventionnelle qui crée l'obligation, pas la loi directement.
Que se passe-t-il si je change d’agence d’intérim en cours d’année ?
L'ancienneté est liée à l'entreprise utilisatrice, pas à l'agence qui vous a placé. Changer d'agence tout en restant dans la même entreprise utilisatrice ne remet donc pas le compteur à zéro. C'est un point souvent méconnu, mais il peut faire toute la différence au moment du calcul du 13ème mois.
Peut-on perdre son 13ème mois en cas de faute grave ou de démission ?
Cela dépend des termes exacts de l'accord ou de la convention collective applicable. Dans de nombreux cas, une faute grave entraîne la suppression du droit, parfois même rétroactivement. La démission, selon l'accord, peut également exclure le salarié du bénéfice de la prime si elle intervient avant la date de versement.
Quelle démarche pour réclamer son 13ème mois en cas de refus ?
Commencez par vérifier vos documents contractuels et identifiez la convention collective applicable. Une relance amiable écrite est la première étape, suivie d'une mise en demeure si nécessaire. Sans réponse satisfaisante, la saisine du Conseil de Prud'hommes reste le recours final. La jurisprudence de la Cour de cassation reconnaît régulièrement le droit des intérimaires dans ce type de litige.
Le 13ème mois est-il soumis aux cotisations sociales et à l’impôt ?
Oui, sans exception. Le 13ème mois est considéré comme un complément de salaire ordinaire. Il est donc soumis aux cotisations sociales (patronales et salariales) et intégré dans le revenu imposable du salarié. Aucun régime dérogatoire ne s'applique, contrairement à certaines primes exceptionnelles comme la prime de partage de la valeur.
📚 SOURCES
- Légifrance : article L1251-18 du Code du travail (principe d'égalité de traitement pour les salariés temporaires)
- Légifrance : articles L3242-1 et suivants du Code du travail (régime des salaires et primes)
- Cour de cassation : jurisprudence relative au 13ème mois des salariés temporaires (chambre sociale)
- Ministère du Travail : guide pratique du travail temporaire, édition 2024