Un accord de performance collective (APC) peut modifier la rémunération, la durée du travail ou le lieu d'affectation d'un salarié sans requérir son accord préalable. Pour ce dernier, l'alternative est binaire : accepter des conditions potentiellement moins favorables ou s'exposer à un licenciement. C'est un accord collectif qui prime sur le contrat individuel, une rupture juridique majeure instaurée par les ordonnances Macron de 2017.
TL;DR : Cet article en bref
- L'APC (art. L. 2254-2 du Code du travail) s'impose automatiquement aux contrats individuels et peut modifier salaire, durée du travail et lieu d'affectation sans accord préalable du salarié.
- 2 motifs légaux exclusifs : nécessités liées au fonctionnement de l'entreprise ou préservation/développement de l'emploi. Les difficultés économiques ne sont pas requises.
- En cas de refus, le salarié est licencié pour cause réelle et sérieuse et conserve ses droits aux indemnités légales ainsi qu'à l'ARE.

C'est quoi au juste, un Accord de Performance Collective ?
L'accord de performance collective est un dispositif de négociation collective créé par l'ordonnance n° 2017-1385 du 22 septembre 2017, codifié à l'article L. 2254-2 du Code du travail. Il remplace les anciens accords de maintien de l'emploi (AME), dont le champ était limité aux entreprises en difficulté avérée. La rupture est nette : l'APC ne nécessite aucune difficulté économique préalable pour être conclu. Son périmètre d'action couvre un triptyque précis, aménagement de la durée du travail, modification de la rémunération (y compris le salaire de base contractuel), et définition des conditions de mobilité géographique des salariés au sein de l'entreprise.
Ce qui distingue fondamentalement l'APC de tout autre accord collectif, c'est sa force de primauté sur le contrat de travail individuel. En droit du travail classique, un accord collectif moins favorable que le contrat ne peut s'imposer au salarié sans son consentement. L'APC rompt cette règle : dès sa conclusion, il se substitue de plein droit aux clauses contraires des contrats individuels. Le Conseil constitutionnel a validé ce mécanisme en 2017, le qualifiant d'atteinte proportionnée à la liberté contractuelle. C'est précisément ce pouvoir de substitution qui rend le dispositif aussi efficace pour l'employeur, et aussi contesté par les organisations syndicales.
Dans quels cas une entreprise peut-elle recourir à l'APC ?
L'article L. 2254-2 du Code du travail est explicite : 2 motifs seulement permettent de conclure un APC. Contrairement à ce que certains employeurs supposent, les difficultés économiques ne figurent pas parmi eux. C'est là l'une des originalités majeures du dispositif, et une source fréquente d'erreurs lors de la rédaction de l'accord.
Le premier motif couvre les nécessités liées au fonctionnement de l'entreprise, le second, la préservation ou le développement de l'emploi. Ces catégories sont larges, mais elles ne sont pas illimitées. La cour d'appel de Versailles a rappelé, dans un arrêt remarqué de 2021, que le juge exerce un contrôle strict de la réalité du motif invoqué. Les situations qui justifient l'un ou l'autre de ces motifs sont variées :
- Réorganisation d'un service pour absorber une baisse de charge d'activité sans recourir aux licenciements (motif : nécessité de fonctionnement)
- Adaptation des horaires à un nouveau cycle de production imposé par un client stratégique (motif : nécessité de fonctionnement)
- Harmonisation des grilles de rémunération après une fusion ou une acquisition (motif : nécessité de fonctionnement)
- Réduction temporaire du temps de travail pour préserver les emplois lors d'une transition technologique (motif : préservation de l'emploi)
- Extension géographique de l'activité nécessitant la mobilité d'équipes commerciales (motif : développement de l'emploi)
- Conquête d'un nouveau marché international impliquant une refonte des fiches de poste (motif : développement de l'emploi)
Un logiciel de gestion du personnel peut aider à documenter et tracer ces motifs dès la phase de préparation de l'accord.
Avant d'engager la négociation, nous vous recommandons de formaliser par écrit le lien précis entre la mesure envisagée et le motif légal retenu, en y joignant des éléments factuels datés. Un motif vague ou insuffisamment étayé expose l'accord à une nullité prononcée par le tribunal judiciaire, ce qui rend caduques toutes les modifications de contrats déjà appliquées.
Qui négocie et signe un accord de performance collective ?
L'APC s'inscrit dans le cadre de la négociation collective d'entreprise : c'est l'employeur qui prend l'initiative, mais la signature appartient aux délégués syndicaux représentatifs au sens de l'article L. 2231-1 du Code du travail. La configuration syndicale de l'entreprise détermine les règles de validité applicables, et elles varient sensiblement selon les cas.
- Règle majoritaire à 50 % : l'accord est valide s'il est signé par des syndicats ayant recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés au premier tour des dernières élections professionnelles.
- Règle des 30 % avec référendum : si les syndicats signataires représentent entre 30 % et 50 % des suffrages, tout syndicat représentatif peut déclencher un référendum. L'accord est alors validé à la majorité des suffrages exprimés parmi les salariés.
- Rôle consultatif du CSE : le Comité social et économique doit être informé et consulté sur le projet d'accord avant la signature, même si son avis ne conditionne pas la validité de l'acte.
- Absence de délégués syndicaux : des règles dérogatoires s'appliquent (voir la section suivante).
Côté employeur : quelles obligations avant la signature ?
Engager un APC sans respecter les étapes préalables, c'est s'exposer à une nullité de l'accord sur recours syndical ou salarial. La procédure est encadrée et chaque étape produit des effets juridiques précis :
- Formalisation de la décision : l'employeur arrête les mesures envisagées et les motifs légaux retenus, en les consignant dans un document daté et motivé.
- Information-consultation du CSE : le comité doit rendre un avis sur le projet avant toute signature. Cet avis est consultatif, mais son absence de recueil vicie la procédure.
- Transmission du projet aux délégués syndicaux : le texte de l'accord doit leur être communiqué au moins 15 jours avant la date prévue pour la signature.
- Ouverture officielle de la négociation : les parties se réunissent formellement pour discuter et amender le projet.
- Signature et dépôt légal : l'accord signé est déposé sur la plateforme TéléAccords et notifié à l'inspection du travail.
Et si l'entreprise n'a pas de délégués syndicaux ?
L'absence de délégués syndicaux ne bloque pas la conclusion d'un APC. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, l'employeur peut négocier directement avec les élus titulaires du CSE, qu'ils soient mandatés ou non par une organisation syndicale (art. L. 2232-21 et suivants du Code du travail).
Lorsque les élus du CSE ne sont pas mandatés par un syndicat, l'accord conclu doit être approuvé par référendum à la majorité des 2/3 des salariés pour acquérir force obligatoire.
Ce mécanisme dérogatoire vaut d'ailleurs pour d'autres types de négociations, comme les négociations annuelles obligatoires dans les structures sans représentation syndicale formelle.
Les 5 clauses obligatoires d'un APC en règle
Un APC sans les mentions légales minimales est juridiquement nul. L'article L. 2254-2 impose au moins 5 clauses dont l'absence prive l'accord de tout effet. Voici ce que le texte doit impérativement contenir, avec les implications pratiques pour chacune :
- Les motifs de l'accord : l'accord expose précisément pourquoi il est conclu (nécessité de fonctionnement ou préservation/développement de l'emploi), avec des éléments factuels à l'appui. Une formule générique du type "pour améliorer la compétitivité de l'entreprise" a été jugée insuffisante par plusieurs cours d'appel. La motivation doit être circonstanciée et actualisée à la date de signature.
- Les modalités d'information individuelle des salariés : l'accord définit comment chaque salarié est informé de son droit d'accepter ou de refuser les nouvelles conditions. La remise d'un document écrit individuel est obligatoire ; un simple affichage collectif ne suffit pas.
- Les délais d'acceptation ou de refus : le salarié dispose d'1 mois à compter de la remise du document pour faire connaître sa décision. Si l'accord prévoit une mobilité géographique, un délai de réflexion supplémentaire de 15 jours s'y ajoute. L'absence de réponse dans le délai imparti vaut refus, et non acceptation tacite.
- Les mesures d'accompagnement en cas de refus : l'accord prévoit les conditions dans lesquelles les salariés refusants seront accompagnés, par exemple via un abondement du compte personnel de formation (CPF), une aide à la mobilité ou un dispositif d'outplacement. Ces mesures ne sont pas optionnelles et leur absence peut fonder une contestation.
- La durée de l'accord : un APC est nécessairement conclu à durée déterminée, avec un maximum légal de 5 ans. À l'échéance, les contrats de travail retrouvent les conditions antérieures, sauf renouvellement expressément négocié avant l'expiration.
Pour sécuriser la rédaction de ces clauses et archiver les versions successives de l'accord, une contrathèque RH constitue un outil de gestion particulièrement utile.
Nous recommandons de soumettre chaque clause à une relecture juridique avant signature, en particulier la clause de motifs. Un accord rédigé plusieurs mois avant sa signature et dont la motivation n'a pas été actualisée peut être retourné contre l'employeur lors d'un contentieux : le juge appréciera la réalité du motif à la date effective de conclusion.

Comment l'APC s'applique-t-il au contrat de travail ?
L'application de l'APC au niveau individuel suit une procédure stricte, indépendante de la volonté du salarié. L'employeur est tenu d'organiser un entretien avec chaque salarié concerné et de lui remettre un document écrit précisant les modifications envisagées sur son contrat (salaire, horaires, lieu de travail). Ce document marque le point de départ du délai d'1 mois pendant lequel le salarié peut accepter ou refuser.
Pourtant, un piège guette ici. Si le salarié ne répond pas dans le délai imparti, son silence est interprété comme un refus, et non comme une acceptation tacite. C'est une inversion notable du principe général en droit du travail, où le silence vaut souvent acquiescement. Les articles L. 2254-2 et suivants sont formels sur ce point : seule une réponse explicite et écrite vaut acceptation.
Le salarié accepte : quelles modifications s'imposent ?
L'acceptation est irrévocable. Dès lors que le salarié a signifié son accord par écrit, les nouvelles conditions s'appliquent à la date fixée par l'accord collectif, sans qu'un nouvel accord individuel soit nécessaire pour entériner chaque modification. Son contrat de travail initial est modifié de plein droit.
L'employeur reste néanmoins tenu d'établir un avenant au contrat de travail formalisant les changements, de mettre à jour les bulletins de paie dès la première échéance concernée, et de s'assurer que les nouveaux horaires ou le nouveau lieu d'affectation sont effectivement opérationnels à la date prévue par l'accord. L'absence d'avenant formalisé expose l'employeur à une contestation sur la preuve des nouvelles conditions.
Le salarié refuse : que se passe-t-il ensuite ?
Le refus ne constitue pas une faute disciplinaire. Il ouvre néanmoins la voie à un licenciement encadré par des règles précises que l'employeur doit scrupuleusement respecter :
- L'employeur ne peut en aucun cas sanctionner le refus par une mise à pied, une rétrogradation ou une mutation unilatérale : ce serait une voie de fait.
- La procédure classique de licenciement s'applique intégralement : convocation à l'entretien préalable avec délai de 5 jours ouvrables minimum, entretien, puis notification par lettre recommandée avec accusé de réception.
- Le motif inscrit dans la lettre est "cause réelle et sérieuse", et non un motif économique ni disciplinaire.
- Le salarié conserve son droit au préavis, aux indemnités légales de licenciement et à l'allocation chômage (ARE).
Licenciement pour refus d'APC : indemnités et droits à l'ARE
Le licenciement pour refus d'APC n'est ni un licenciement économique ni un licenciement pour faute. Sa qualification juridique de "cause réelle et sérieuse" a des conséquences directes sur les droits du salarié : il bénéficie de l'intégralité des indemnités de rupture, à savoir l'indemnité légale (ou conventionnelle si plus favorable) de licenciement, l'indemnité compensatrice de préavis si l'employeur le dispense d'effectuer ce dernier, et l'indemnité compensatrice de congés payés. Surtout, ce type de rupture ouvre droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) sans délai de carence spécifique lié au motif de la rupture.
Prenons un exemple concret : un salarié percevant 2 500 € brut mensuel avec 10 ans d'ancienneté voit son indemnité légale de licenciement calculée sur la base d'1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté. Cela donne (2 500 × 1/4) × 10 = 6 250 € brut. Si son préavis est de 2 mois selon la convention collective applicable, l'indemnité compensatrice représente 5 000 € brut supplémentaires, soit un coût total de rupture de plus de 11 000 € par salarié. Autant dire que le coût d'un refus collectif n'est pas anodin, et qu'il mérite d'être anticipé dès la phase de négociation de l'accord.
Nous vous recommandons de simuler en amont le coût total d'un scénario de refus collectif : si 30 % des salariés concernés refusent l'APC, l'addition des indemnités et du coût de remplacement peut remettre en question l'équilibre économique de l'opération. Ce calcul doit figurer dans l'analyse préalable à la décision de recourir au dispositif.
Contester un APC : quels recours ouverts au salarié ?
La contestation d'un APC n'est pas sans issue, mais elle est enfermée dans des délais stricts que les salariés et leurs représentants doivent connaître avant d'agir.
Le premier recours concerne la validité même de l'accord. Il s'exerce devant le tribunal judiciaire (TJ) dans un délai de 2 mois à compter de la publication de l'accord. Le juge peut prononcer la nullité si les motifs légaux sont insuffisants, si la procédure de négociation était viciée ou si les clauses obligatoires font défaut. La cour d'appel de Versailles a, dans un arrêt de 2021, censuré un APC dont les motifs étaient trop généraux pour caractériser une nécessité réelle de fonctionnement, une jurisprudence qui incite à une rédaction rigoureuse.
Le deuxième recours porte sur le licenciement lui-même et s'exerce devant le conseil de prud'hommes (CPH) dans un délai de 12 mois à compter de la notification. Le salarié peut y contester tant la cause réelle et sérieuse que le montant des indemnités versées. Enfin, si l'accord prévoyait des mesures d'accompagnement (abondement du CPF, aide à la mobilité) et que l'employeur ne les a pas mises en œuvre, le salarié peut en exiger l'application devant le CPH indépendamment de toute autre action. L'inspection du travail et le défenseur syndical peuvent accompagner le salarié dans ces démarches.
FAQ : Tout savoir sur l'accord de performance collective
Un APC peut-il être imposé dans une entreprise sans difficulté économique ?
Oui, et c'est précisément ce qui distingue l'APC des anciens accords de maintien de l'emploi. L'article L. 2254-2 n'exige aucune difficulté économique préalable : il suffit de justifier d'une nécessité liée au fonctionnement de l'entreprise ou d'un objectif de préservation ou de développement de l'emploi. Une entreprise en bonne santé financière peut tout à fait recourir à ce dispositif pour accompagner une réorganisation stratégique ou une transformation de son modèle opérationnel.
Quelle est la durée maximale d’application d’un APC ?
Un APC est obligatoirement conclu à durée déterminée, avec une durée maximale fixée à 5 ans par la loi. À l'issue de cette période, les contrats de travail retrouvent automatiquement les conditions antérieures à l'accord, sauf si un nouvel accord est négocié et signé avant l'échéance. Il n'existe pas de mécanisme de tacite reconduction légale : le renouvellement doit être expressément formalisé par les parties.
Un salarié en arrêt maladie peut-il refuser l’APC ?
Oui, sans restriction. L'arrêt maladie ne suspend pas les droits du salarié vis-à-vis d'un APC. L'employeur doit lui remettre le document d'information individuelle dans les mêmes conditions que les autres salariés, et le délai d'1 mois court à compter de cette remise. Le salarié peut exprimer son refus depuis son arrêt, et ce refus ouvre les mêmes droits aux indemnités de licenciement et à l'ARE que pour n'importe quel autre salarié concerné.
L’employeur peut-il licencier tous les salariés qui refusent l’APC ?
Oui, légalement. Chaque refus individuel donne lieu à une procédure de licenciement pour cause réelle et sérieuse, menée séparément pour chaque salarié concerné. L'employeur doit respecter la procédure classique pour chacun d'eux sans exception. En pratique, un refus massif peut s'avérer particulièrement coûteux et difficile à gérer opérationnellement, ce qui milite pour une démarche d'accompagnement et de communication sérieuse en amont de l'entrée en vigueur de l'accord.
Quelles différences entre un APC et un PSE ?
L'APC modifie les contrats de travail sans motif économique obligatoire, et seuls les salariés refusant les nouvelles conditions font l'objet d'un licenciement. Le PSE (Plan de sauvegarde de l'emploi), quant à lui, s'applique dans un contexte de licenciements pour motif économique et implique un dispositif d'accompagnement renforcé (indemnités supra-légales, reclassement interne, cellule d'outplacement). Les 2 dispositifs ne répondent pas au même contexte ni aux mêmes obligations procédurales, et ils ne sont pas interchangeables.
Le CSE peut-il bloquer la signature d’un APC ?
Non. Le rôle du CSE est strictement consultatif dans ce processus : il doit être informé et rendre un avis, mais cet avis ne lie pas l'employeur. Seuls les délégués syndicaux représentatifs (ou, à défaut, les élus mandatés du CSE) disposent d'un pouvoir de blocage effectif, via leur refus de signer l'accord.
📚 SOURCES
- Code du travail, articles L. 2254-2 et suivants (Accord de performance collective), Légifrance
- Ordonnance n° 2017-1385 du 22 septembre 2017 relative au renforcement de la négociation collective, Légifrance, JORF du 23 septembre 2017
- Ministère du Travail, Direction générale du Travail : Questions-réponses sur l'accord de performance collective (juillet 2020)
- Service-Public.fr : Fiche pratique "Qu'est-ce qu'un accord de performance collective ?" (consulté en 2026)
- CMS Francis Lefebvre Avocats : Accord de Performance Collective, contrôle judiciaire renforcé, jurisprudence Cour d'appel de Versailles, 2021