En 2017, l'ordonnance Macron a tiré un trait sur la GPEC pour lui substituer la GEPP. Ce changement de sigle n'est pas anodin : il traduit un vrai virage stratégique, celui de passer d'une logique centrée sur les emplois collectifs à une démarche centrée sur les parcours individuels. Pour les RH, cela change tout.
TL;DR : Cet article en bref
- La GEPP (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels) remplace la GPEC depuis l'ordonnance de septembre 2017, avec un focus renforcé sur les parcours individuels et les mobilités.
- 5 étapes structurent une démarche GEPP efficace : diagnostic, analyse prospective, plan d'action, déploiement, évaluation continue.
- 3 enjeux stratégiques en 2026 : anticiper les mutations technologiques et écologiques, fidéliser les talents, sécuriser la performance à long terme.

Qu'est-ce que la GEPP exactement ?
La GEPP (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels) est une démarche RH prospective qui vise à aligner les ressources humaines d'une entreprise sur sa stratégie à moyen terme, en travaillant simultanément sur les emplois, les compétences et les parcours de chaque collaborateur. Elle remplace officiellement la GPEC depuis l'ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017, et diffère fondamentalement d'une gestion RH réactive : là où celle-ci répond aux problèmes au fil de l'eau, la GEPP les anticipe.
Pour en saisir la portée concrète, considérez qu'un groupe industriel de 1 200 salariés ayant déployé une GEPP structurée sur 3 ans a observé une hausse de 34 % de sa mobilité interne et une réduction de 18 % de son turnover. C'est précisément ce qu'illustrent les différences entre GPEC et GEPP : la GEPP n'est pas un simple lifting légal, mais un changement de posture managériale et RH.
Ne plaquez pas une GEPP générique sur votre organisation. Nous recommandons de l'adapter à votre culture d'entreprise dès la phase de diagnostic : une structure à forte mobilité interne n'a pas les mêmes priorités qu'une PME en croissance externe rapide. L'outil doit refléter vos réalités, pas un modèle théorique.

GPEC vs GEPP : quelles différences concrètes ?
La bascule de 2017-2018 n'a pas seulement modifié un intitulé : elle a reconfiguré la philosophie entière de la gestion prévisionnelle. La GPEC raisonnait en termes de volumes d'emplois et de familles de métiers à l'échelle collective. La GEPP, elle, descend à l'échelle de l'individu et de son projet professionnel. Un changement qui, en pratique, implique de nouveaux outils comme les entretiens professionnels obligatoires ou le CEP (Conseil en Évolution Professionnelle).
| Critère | GPEC | GEPP |
|---|---|---|
| Cadre légal | Loi Borloo 2005 | Ordonnance 2017, art. L2242-20 du Code du travail |
| Focus principal | Emplois collectifs | Parcours individuels |
| Démarche | Prévisionnelle collective | Prospective et personnalisée |
| Outils privilégiés | Cartographie des emplois, accords de branche | Entretiens professionnels, CEP, plan de développement |
| Obligation de négociation | Tous les 3 ans (50+ salariés) | Tous les 4 ans (300+ salariés) |
Pour les entreprises qui utilisaient un logiciel GPEC, la migration vers la GEPP implique souvent de revoir leurs référentiels de compétences pour intégrer la dimension parcours.

Quels enjeux concrets pour votre entreprise en 2026 ?
1er enjeu : anticiper les transformations métiers
Selon France Stratégie, près de 50 % des métiers sont susceptibles d'être significativement transformés d'ici 2030 sous l'effet conjugué de l'IA, de la transition écologique et de la numérisation des processus.
L'obsolescence des compétences s'accélère. Un collaborateur formé il y a 5 ans sur un outil ou un process peut se retrouver en décalage sans même s'en apercevoir.
La GEPP est précisément l'outil qui permet d'identifier ces écarts avant qu'ils ne deviennent des angles morts stratégiques.
2e enjeu : fidéliser vos talents et sécuriser la performance
Un collaborateur qui se voit proposer un parcours d'évolution clair reste. C'est aussi simple que ça. La GEPP crée le cadre qui rend cet accompagnement possible et cohérent avec la stratégie de l'entreprise. Elle nourrit l'engagement, réduit le turnover et renforce la marque employeur, ce qui compte autant qu'un bon salaire pour attirer les meilleurs talents. Elle s'articule d'ailleurs naturellement avec la négociation annuelle obligatoire, qui constitue un levier complémentaire pour ancrer ces engagements dans le dialogue social.
Comment déployer votre GEPP en 5 étapes ?
La méthodologie GEPP repose sur une progression logique que beaucoup d'entreprises court-circuitent en sautant directement au plan d'action. C'est une erreur fréquente, et coûteuse. Voici les 5 étapes à respecter dans l'ordre :
- Diagnostic des emplois et compétences actuels : cartographier les métiers existants, identifier les compétences disponibles et les écarts par rapport aux besoins opérationnels présents.
- Analyse prospective : projeter les évolutions stratégiques de l'entreprise à 3-5 ans et anticiper les impacts sur les ressources humaines en volume et en nature.
- Élaboration du plan d'action : définir les actions prioritaires (formation, mobilité interne, recrutement, reconversion) pour combler les écarts identifiés.
- Déploiement : mettre en œuvre le plan en mobilisant managers, collaborateurs et partenaires sociaux, avec des jalons clairs et un calendrier tenu.
- Évaluation continue : mesurer l'efficacité des actions, ajuster le plan en fonction des résultats et des nouvelles données RH disponibles.
Nous recommandons d'impliquer la direction générale dès la phase de diagnostic, pas seulement en validation finale. Une GEPP portée uniquement par la DRH restera un exercice technocratique. Quand le CODIR s'approprie les enjeux de compétences dès le départ, les arbitrages budgétaires et les priorités d'action sont beaucoup mieux alignés avec la réalité stratégique.

Quels outils et dispositifs mobiliser ?
Une GEPP sans outillage adapté reste une belle intention sur papier. Les dispositifs disponibles sont nombreux, mais leur efficacité dépend de la cohérence avec laquelle vous les articulez entre eux. Voici les principaux outils à mobiliser dans votre démarche :
- Référentiel de compétences : socle de la démarche, il décrit les compétences attendues pour chaque emploi et sert de base à tous les diagnostics.
- Cartographie des emplois : représentation dynamique des métiers de l'entreprise, de leurs évolutions et de leurs interdépendances.
- Entretiens professionnels : point d'étape bisannuel obligatoire sur les compétences, les souhaits d'évolution et les besoins de formation de chaque collaborateur.
- Plan de développement des compétences : traduction opérationnelle des besoins identifiés en actions de formation planifiées et budgétées.
- Dispositifs de mobilité interne : bourse à l'emploi, parcours de reconversion, mentoring interne pour fluidifier les transitions entre métiers.
- Logiciels SIRH dédiés à la gestion des compétences : centraliser les données, automatiser les alertes et faciliter le suivi des parcours à l'échelle de l'entreprise.
Les freins à anticiper (et comment les lever)
Le premier obstacle que rencontrent les DRH est la résistance au changement, côté managers comme côté collaborateurs. Les managers craignent de perdre leurs "bons éléments" au profit d'une mobilité interne qu'ils n'ont pas initiée. Les collaborateurs, eux, peuvent percevoir la GEPP comme une procédure descendante plutôt que comme une opportunité. La clé est d'associer les uns et les autres dès la phase de conception, pas seulement lors de la communication finale.
Le second frein, moins visible mais tout aussi bloquant, tient à la qualité des données disponibles sur les compétences réelles en interne. Sans référentiel fiable ni historique des entretiens, le diagnostic initial repose sur du déclaratif flou. Résultat : des plans d'action mal ciblés et des budgets formation mal alloués. Investir dans un outil de gestion des compétences robuste n'est pas un luxe, c'est la condition sine qua non d'une GEPP crédible.
FAQ : Tout savoir sur la gestion des emplois et des parcours professionnels
La GEPP est-elle obligatoire pour toutes les entreprises ?
La GEPP est obligatoire pour les entreprises de 300 salariés et plus, qui doivent engager une négociation sur ce thème tous les 4 ans (article L2242-20 du Code du travail). En dessous de ce seuil, la démarche reste facultative mais vivement recommandée, notamment pour les PME en fort développement ou soumises à des transformations sectorielles importantes.
Quelle est la différence entre GEPP et plan de développement des compétences ?
La GEPP est un cadre stratégique global qui anticipe les évolutions des emplois et des parcours sur plusieurs années. Le plan de développement des compétences en est la déclinaison opérationnelle annuelle : il traduit en actions de formation concrètes les besoins identifiés par la GEPP. L'un définit la trajectoire, l'autre organise les étapes du voyage.
Combien de temps faut-il pour déployer une démarche GEPP complète ?
Un premier déploiement complet prend généralement entre 12 et 24 mois, selon la taille de l'entreprise et la maturité de ses outils RH. La GEPP n'est pas un projet à durée déterminée : c'est un processus continu qui s'affine à chaque cycle d'évaluation et s'adapte aux évolutions stratégiques de l'organisation.
Quels sont les acteurs clés d’une démarche GEPP réussie ?
La réussite d'une GEPP repose sur 4 acteurs interdépendants. La direction générale porte la vision stratégique. La DRH pilote la méthodologie et les outils. Les managers de proximité traduisent la démarche dans le quotidien des équipes. Enfin, le CSE (Comité Social et Économique) joue un rôle de partenaire social incontournable, notamment dans le cadre de la négociation obligatoire.
La GEPP concerne-t-elle uniquement les grandes entreprises ?
Non. Si l'obligation légale de négociation ne s'applique qu'à partir de 300 salariés, les PME ont tout à gagner à déployer une démarche GEPP adaptée à leur échelle. Une cartographie des compétences simplifiée et des entretiens professionnels bien conduits suffisent à en tirer les bénéfices essentiels : anticipation des recrutements, réduction du turnover et cohérence entre stratégie et ressources disponibles.
📚 SOURCES
- Légifrance : Ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017 relative au renforcement de la négociation collective (instauration de la GEPP)
- Légifrance : Code du travail, articles L2242-20 et suivants (obligations de négociation sur la GEPP)
- France Stratégie / DARES : Évolutions des métiers et compétences à horizon 2030 (consulté en 2026)
- OPCO Atlas : Guide pratique de la GEPP pour les entreprises