Lorsqu’un arrêt de travail intervient, la question du revenu devient rapidement votre priorité. Les indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) ont précisément pour rôle de compenser (en partie) la perte de salaire liée à l’arrêt. Pourtant, leur mode de calcul reste souvent flou pour la plupart des salariés.
Une bonne compréhension évitent des écarts entre le montant attendu et celui réellement versé. Comprendre les bases du calcul des IJSS permet donc de mieux anticiper vos droits, de vérifier les montants perçus et d’adopter les bons réflexes dès le début d’un arrêt.

À quoi servent les indemnités journalières de la sécurité sociale ? Pourquoi garder ce filet de sécurité ?
Les indemnités journalières (IJSS) ont pour objectif de compenser partiellement la perte de salaire lors d’un arrêt de travail. Elles ne remplacent pas intégralement la rémunération, bien entendu, mais elles constituent un socle financier qui permet de faire face à vos dépenses courantes.
Le rôle concret des IJSS
Sur le plan social, les IJSS protègent l’employé contre la perte immédiate de revenus. Elles permettent aussi de réduire la précarité lors d’un épisode de maladie, d’un congé maternité ou d’un accident, par exemple.
Sur le plan pratique, l’existence d’un versement régulier aide à maintenir la relation entre salarié et employeur, car l’employeur reçoit souvent une attestation de salaire et peut, s’il le souhaite, pratiquer la subrogation (opération juridique triangulaire) ou compléter le montant.
Dans quel cas puis-je bénéficier des IJSS ?
Les IJSS interviennent pour plusieurs motifs : arrêt maladie, maternité, paternité, accident du travail ou maladie professionnelle notamment.
Certaines situations exonèrent du délai de carence (fixé à 3 jours) : accident du travail, affection de longue durée (ALD), interruption spontanée de grossesse, ou hospitalisation.
Des conséquences financières non négligeables
Concrètement, les IJSS couvrent 50 % du salaire journalier de base. Ce pourcentage explique pourquoi un arrêt maladie peut entraîner une baisse de revenus significative si l’employeur ne pratique pas de maintien. Vous bénéficiez d’une convention collective ou d’un contrat de prévoyance ? Alors vous pouvez bénéficier d’un complément employeur.

Qui peut percevoir les IJSS ? Sous quelles conditions d’éligibilité ?
Pour ouvrir vos droits aux indemnités journalières, vous devez remplir des conditions d’affiliation et de travail. Ces conditions d’éligibilité vont dépendre de la durée d’arrêt et de vos périodes de travail antérieures.
La durée d’arrêt
Pour faire simple :
- Si l’arrêt dure jusqu’à 6 mois, les règles de droit commun s’appliquent : il faut avoir travaillé au moins 150 heures au cours des 3 mois précédant l’arrêt, ou avoir cotisé sur la base d’un salaire minimum sur les 6 mois précédents.
- Au-delà de 6 mois, l’exigence monte : 600 heures sur les 12 mois précédents ou un seuil de cotisation équivalent.
La Cour de cassation a rappelé en 2025 que l’ouverture des droits doit être effective dès les six premiers mois pour qu’un versement puisse se poursuivre au-delà.
Déclaration d’arrêt et attestation de salaire
Vous avez aussi votre rôle à jouer dans les démarches employeurs, bien entendu !
- Vous devez transmettre l’arrêt de travail à votre employeur dans les 48 heures.
- L’employeur remplit une attestation de salaire qui servira de base au calcul des IJSS.
- Depuis 2022/2024, la transmission des pièces se fait via un téléservice appelé Dépôt de pièces jointes (PJ), et l’accès à l’attestation de salaire via Net-entreprises nécessite une habilitation préalable avec activation sous 48 heures.
- Un retard dans ces démarches peut retarder les versements ou entraîner un dysfonctionnement.
Quelques exceptions et cas particuliers néanmoins
Certaines situations modifient les règles habituelles des IJSS, notamment le délai de carence et les conditions d’indemnisation.
- En cas d’affection de longue durée (ALD), la carence ne s’applique qu’une seule fois sur une période de trois ans si les arrêts sont liés à la même pathologie.
- Pour un accident du travail ou une maladie professionnelle, elles sont versées sans carence dès le premier jour et selon un taux spécifique.
- Le temps partiel thérapeutique vous permet aussi le maintien partiel de vos IJSS, en complément de votre salaire, selon la perte réelle de rémunération.
- Le décès d’un enfant à charge ouvre aussi droit à une indemnisation immédiate, sans délai de carence.
Certains statuts relèvent de régimes spécifiques, comme les salariés agricoles ou les artistes-auteurs. Les modalités de calcul peuvent varier, mais les règles de plafonnement et de durée maximale d’indemnisation restent applicables. Vous l’aurez compris, ces exceptions montrent que l’ouverture des droits dépend autant du motif de l’arrêt que du statut et de la régularité des démarches.
Vérifiez votre période d’affiliation et conservez une copie de l’arrêt et de l’attestation de salaire. Si vous êtes employeur, activez l’habilitation Net-entreprises à l’avance pour éviter des délais.
Sur quelles bases les IJSS sont-elles calculées ?
La clé du calcul des IJSS est le salaire de référence, appelé « salaire journalier de base ». Ce salaire correspond à la moyenne des salaires bruts perçus au cours des trois derniers mois civils précédant l’arrêt, divisée par 91,25 (nombre de jours moyens d’un trimestre). Cette période et ce dénominateur permettent d’obtenir une valeur journalière standardisée.
De manière simplifiée, la formule des IJSS ressemble à ça :
Salaire journalier de base = (total des salaires bruts des 3 derniers mois) ÷ 91,25
Le résultat est ensuite multiplié par le taux d’indemnisation, soit 50 % pour les arrêts maladie non professionnels. Attention : le montant obtenu peut être plafonné selon le salaire pris en compte.
Plafonds et évolutions récentes
Avant la réforme effective au 1er avril 2025, le salaire pris en compte était plafonné à 1,8 fois le SMIC.
À partir du 1er avril 2025, ce plafond a été abaissé à 1,4 fois le SMIC.
Concrètement, cela réduit le salaire maximum retenu pour le calcul, et donc le montant maximal des IJSS. Ce plafond journalier a ainsi été ramené d’environ 53,31 € (applicable jusqu’au 31 mars 2025 pour certains arrêts) à 41,47 € par jour pour les arrêts débutant à compter du 1er avril 2025.
| Élément | Avant 01/04/2025 | Depuis 01/04/2025 |
|---|---|---|
| Plafond en SMIC | 1,8 SMIC | 1,4 SMIC |
| Salaire mensuel pris en compte approximatif | ~ 3 240 € | ~ 2 520 € |
| IJSS maximale brute / jour | ~ 53,31 € | ~ 41,47 € |
Si votre salaire dépasse le plafond, vous perdrez une partie du calcul de référence ; évaluez l’impact et préparez un complément employeur si nécessaire.

Comment faire une bonne simulation IJSS ?
La formule de base est simple à mémoriser : IJSS = 50 % du salaire journalier de base. Pour illustrer, prenons deux cas concrets : Claire, salaire de 2 200 € brut, et Marc, cadre avec 3 400 € brut.
Exemple 1 : salaire inférieur au plafond (Claire)
Claire perçoit 2 200 € brut par mois. Calcul : salaire journalier de base = (2 200 × 3) ÷ 91,25 = 72,33 €. IJSS = 72,33 × 50 % = 36,16 € par jour indemnisé. Ce montant est valable quel que soit le nombre de jours d’arrêt. Si son arrêt débute après le 1er avril 2025, la méthode et le résultat seront identiques car son salaire est inférieur au plafond de 1,4 SMIC.
Exemple 2 : salaire supérieur au plafond (Marc)
Marc gagne 3 400 € brut. Depuis le 1er avril 2025, le salaire retenu pour le calcul est plafonné à 2 522,52 €. Salaire journalier de base = (2 522,52 × 3) ÷ 91,25 ≈ 82,93 €. IJSS = 82,93 × 50 % = 41,47 € par jour. Ici, l’effet du plafond limite la compensation effectivement reçue.
Comment réaliser une simulation IJSS rapide ?
- Additionnez le total des salaires bruts des 3 derniers mois.
- Divisez par 91,25 pour obtenir le salaire journalier de base.
- Appliquez le plafond si votre salaire dépasse 1,4 SMIC depuis avril 2025.
- 50 % du résultat = montant brut de l’IJSS par jour.
- Multipliez par le nombre de jours calendaires indemnisés (les versements ont lieu en moyenne tous les 14 jours).
Faites une simulation IJSS avant un arrêt prévu pour estimer l’écart net. Prenez en compte la CSG/CRDS qui diminue le net perçu et l’existence possible d’un complément employeur.
Quelles situations modifient le montant ? Comment la déclaration d’arrêt influence le versement ?
Variations selon votre type d’arrêt
Un arrêt pour ALD (affection longue durée) ou un accident du travail supprime le délai de carence et permet un versement immédiat. Les arrêts liés à une maternité suivent des règles spécifiques de calcul et de durée. Les salariés en temps partiel ou ceux sous contrat particulier doivent vérifier l’impact sur le salaire de référence.
Et la durée d’indemnisation, dans tout ça ?
La durée standard d’indemnisation est de 360 jours sur 3 ans consécutifs. Pour une ALD, cette durée peut être portée à 3 ans. La Cour de cassation a rappelé que l’ouverture des droits durant les six premiers mois conditionne tout versement prolongé au-delà.
Que faire en cas d’erreur ?
Transmettez l’arrêt sous 48 heures.
L’employeur doit fournir l’attestation de salaire via le téléservice DSIJ.
Depuis octobre 2024, le décret pérennise le dispositif de dépôt de pièces et depuis octobre 2025 l’habilitation Net-entreprises est requise pour accéder au service. Un retard ou une déclaration incomplète retarde le paiement et complique les contrôles anti-fraude récemment renforcés.
- Vérifiez l’exactitude des salaires déclarés.
- Conservez les justificatifs et échanges avec l’employeur.
- En cas de contestation, saisissez la CPAM avec les pièces justificatives.
Si votre employeur propose la subrogation, vérifiez comment les IJSS apparaissent sur votre fiche de paie (déduction du salaire brut maintenu et ajout du montant net). Consultez aussi les dispositifs conventionnels pour connaître vos droits au maintien.
Quelques resources pratiques à destination des RH et salariés
Pour approfondir un cas particulier, consultez des ressources pratiques. Par exemple, si vous cherchez des informations sur des situations médicales spécifiques comme un congé de grossesse pathologique, la fiche dédiée reste utile pour croiser les règles : congé de grossesse pathologique. Les services Net-entreprises et la CPAM proposent des simulateurs et formulaires officiels qui pourront vous aider selon votre cas de figure.
En bref :
- Avez-vous transmis l’arrêt sous 48 heures ?
- L’employeur a-t-il rempli l’attestation de salaire via DSIJ ?
- Avez-vous vérifié le montant brut calculé et le plafond appliqué ?
- Préparez une simulation IJSS pour estimer le complément éventuel à demander à l’employeur.
RH, automatisez la procédure Net-entreprises et formez vos équipes pour réduire les erreurs. Salarié, conservez vos bulletins et relevez la période de référence avant de négocier un complément.

Quand débutent réellement les IJSS ?
Les indemnités journalières démarrent au 4ᵉ jour d’arrêt en règle générale, sauf exceptions (accident du travail, ALD, hospitalisation) qui suppriment le délai de carence.
Comment calculer rapidement mon salaire journalier de base ?
Additionnez vos salaires bruts des 3 derniers mois et divisez par 91,25. Appliquez ensuite 50 % pour obtenir l’IJSS brute journalière.
Que faire si le montant versé semble erroné ?
Contactez la CPAM en fournissant l’attestation de salaire, vos bulletins et l’arrêt. Vérifiez aussi que l’employeur a bien transmis la déclaration via DSIJ ou Net-entreprises.
La mutuelle rembourse-t-elle les IJSS ?
Non. La mutuelle rembourse des soins mais n’assure pas le versement d’indemnités journalières ; seul un contrat de prévoyance complémentaire peut compenser la perte de revenus.