La démission marque souvent un tournant dans une carrière. Pourtant, elle soulève une question récurrente : que deviennent vos congés payés non pris ? Entre indemnité compensatrice, articulation avec le préavis et cas particuliers, voici comment faire valoir vos droits en 2026.
TL;DR – Cet article, en bref :
- Vos congés payés acquis ne sont jamais perdus en cas de démission : ils sont soit pris pendant le préavis, soit versés sous forme d’indemnité compensatrice (ICCP).
- Le calcul de l’ICCP repose sur 2 méthodes (1/10e ou maintien de salaire) : l’employeur doit retenir la plus avantageuse pour vous.
- En cas d’erreur ou de non-paiement, vous disposez de 3 ans pour contester devant les prud’hommes.

Les droits du salarié démissionnaire concernant les congés payés
Un salarié qui démissionne conserve l’intégralité de ses droits aux congés payés acquis, qu’ils soient issus de la période en cours ou de la période précédente. Le Code du travail (articles L3141-28 et suivants) garantit ce principe sans aucune condition d’ancienneté minimale, et les conventions collectives peuvent même prévoir des jours supplémentaires (congés d’ancienneté, jours de fractionnement) qui entrent aussi dans le calcul.
C’est d’autant plus important que ces jours non pris se transforment automatiquement en indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) lors du départ. La base de calcul repose sur la rémunération brute du salarié et intègre les primes récurrentes comme le 13e mois ou la prime de vacances. Pour les salariés à temps partiel, le mécanisme reste identique : seule la base salariale diffère, en proportion du temps travaillé.

Peut-on prendre ses congés payés pendant le préavis de démission ?
La prise de congés payés pendant le préavis n’est pas un droit automatique : elle nécessite l’accord explicite de votre employeur, même si vous disposez d’un solde de jours important.
Une exception notable existe lorsque les congés avaient été validés par l’employeur avant la notification de la démission. Dans ce cas, les dates sont en principe maintenues et le préavis peut être suspendu.
En cas de refus que vous jugez abusif (par exemple un refus systématique sans motif lié à l’organisation du service), vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes pour faire valoir vos droits.
Et si les congés étaient déjà posés avant la démission ?
Bonne nouvelle : des congés validés par l’employeur avant votre lettre de démission restent acquis.
La Cour de cassation a confirmé ce principe à plusieurs reprises : l’employeur ne peut pas revenir sur des dates qu’il a lui-même acceptées. Concrètement, si vous posez votre démission le 10 mars et que 2 semaines de congés étaient approuvées du 1er au 14 avril, ces dates sont maintenues et votre préavis est suspendu pendant cette période.
Indemnité compensatrice de congés payés : calcul et versement
L’indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) constitue un droit absolu pour tout salarié démissionnaire qui n’a pas épuisé ses jours de congés acquis. L’employeur ne peut en aucun cas la supprimer ni la conditionner à un motif de départ.
Son montant se calcule selon la méthode la plus favorable entre le 1/10e de la rémunération brute annuelle et le maintien de salaire. Voici les éléments que l’employeur doit respecter pour un versement conforme :
- Calculer l’ICCP selon les 2 méthodes et retenir la plus avantageuse pour le salarié
- Intégrer les primes récurrentes (13e mois, prime de vacances) dans la base de calcul
- Faire apparaître l’ICCP sur une ligne distincte du dernier bulletin de paie
- Mentionner le nombre de jours indemnisés et la période de référence correspondante
- Verser l’ICCP dans le solde de tout compte, au plus tard à la date de fin du contrat
Autant dire que la moindre omission sur le bulletin peut ouvrir la porte à une contestation.
Nous vous recommandons de vérifier systématiquement que votre employeur a bien comparé les 2 méthodes de calcul. En pratique, la méthode du 1/10e est souvent plus favorable pour les salariés ayant perçu des primes ou réalisé des heures supplémentaires. Demandez le détail du calcul par écrit avant de signer votre solde de tout compte.

Comment calculer l’ICCP en cas de démission ?
Le calcul repose sur une comparaison entre 2 formules, et c’est toujours la plus avantageuse qui s’applique. La méthode du 1/10e consiste à prendre 10 % de votre rémunération brute totale sur la période de référence, tandis que la méthode du maintien de salaire correspond à ce que vous auriez perçu si vous aviez effectivement pris vos congés.
Prenons un exemple concret avec un salaire mensuel brut de 2 500 euros et 15 jours de congés non pris :
| Critère | Méthode du 1/10e | Méthode du maintien de salaire |
|---|---|---|
| Formule | Rémunération brute annuelle x 10 % | Salaire journalier x jours de CP non pris |
| Calcul | 30 000 euros x 10 % = 3 000 euros | (2 500 / 21,67) x 15 = 1 730,96 euros |
| Résultat | 3 000 euros | 1 730,96 euros |
| Choix | Retenue (plus favorable) | Non retenue |
Quand et comment est versée cette indemnité ?
L’ICCP est obligatoirement versée avec le solde de tout compte, au moment de la remise des documents de fin de contrat (dernier bulletin, certificat de travail, attestation France Travail).
L’employeur dispose d’un délai raisonnable après la fin effective du contrat pour effectuer ce versement. En pratique, le paiement intervient le plus souvent le dernier jour travaillé ou dans les jours qui suivent.
Côté traitement, l’ICCP est soumise aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu exactement comme un salaire classique. Elle doit figurer sur une ligne distincte du bulletin de paie avec le nombre de jours correspondant.
Congés payés et préavis : les règles d’articulation
L’articulation entre congés payés et préavis de démission est l’un des points les plus délicats du droit du travail.
Le principe est simple en théorie : le préavis a pour but de permettre à l’employeur d’organiser votre remplacement, et la prise de congés pendant cette période ne va pas de soi. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Lorsqu’un accord est trouvé entre les parties, les congés peuvent tout à fait être posés pendant le préavis sans que cela ne génère de difficulté juridique.
La question centrale reste : qui a le dernier mot ? L’employeur conserve son pouvoir de direction sur l’organisation des congés, y compris pendant le préavis. Le salarié, lui, conserve son droit au repos. Résultat : c’est souvent une négociation qui tranche, et l’issue dépend en grande partie du climat de confiance entre les 2 parties.
En cas de désaccord, les conséquences varient selon la situation :
- Les congés pris d’un commun accord suspendent le préavis, qui reprend à votre retour
- Les congés refusés par l’employeur ne peuvent pas être imposés par le salarié
- Les jours non pris en raison du refus seront indemnisés via l’ICCP dans le solde de tout compte

Les congés payés suspendent-ils ou reportent-ils le préavis ?
Le principe général est clair : des congés payés pris pendant le préavis ne reportent pas sa date de fin, sauf dans certains cas précis prévus par le Code du travail (articles L1237-1 et suivants).
Les exceptions qui entraînent une suspension (et donc un report) du préavis méritent d’être connues :
- Les congés avaient été validés par l’employeur avant la notification de la démission
- L’entreprise ferme pour congés annuels pendant la période de préavis
- Un accord écrit entre les parties prévoit explicitement la suspension du préavis
- La convention collective applicable contient des dispositions spécifiques sur ce point
Sans l’une de ces exceptions, le préavis continue de courir normalement pendant vos congés, et votre date de fin de contrat reste inchangée.
Nous vous recommandons de formaliser par écrit tout accord sur la prise de congés pendant le préavis. Un simple échange de mails entre vous et votre employeur suffit à sécuriser la situation. Cela vous protège en cas de litige ultérieur sur la date effective de fin de contrat.
Qui décide de la prise des congés pendant le préavis ?
L’employeur détient le pouvoir de direction en matière d’organisation des congés, y compris pendant la période de préavis. Ce pouvoir n’est pas absolu pour autant : un refus doit être motivé par des raisons objectives liées au fonctionnement du service, et le salarié conserve son droit fondamental au repos.
C’est pourquoi, dans la majorité des cas, la solution passe par une négociation directe entre les 2 parties. Si l’employeur refuse sans justification sérieuse, le salarié peut contester cette décision. Mais en pratique, un échange constructif permet presque toujours de trouver un compromis satisfaisant pour chacun.
Quelques cas particuliers à connaître absolument
Certaines situations atypiques autour de la démission et des congés payés génèrent des litiges fréquents devant les prud’hommes.
Le plus courant ? Un salarié qui démissionne pendant ses vacances sans savoir que le préavis commence immédiatement.
Un autre cas classique concerne la fermeture annuelle de l’entreprise qui chevauche la période de préavis.
La dispense de préavis (qu’elle vienne de l’employeur ou d’un accord mutuel) soulève également la question du sort des congés non pris. Dans tous ces cas, l’ICCP reste due.
Démission pendant les congés : est-ce possible ?
Vous pouvez tout à fait notifier votre démission alors que vous êtes en congés payés. La lettre de démission produit ses effets dès sa réception par l’employeur, et le préavis démarre à cette date.
Le plus important à retenir : vos jours de congés restants continuent de courir normalement. La Cour de cassation a confirmé que la démission notifiée pendant les vacances est parfaitement valide (Cass. soc., 2 décembre 2009, n°08-43.848).
Fermeture de l’entreprise pour congés annuels pendant le préavis
Lorsque l’entreprise ferme ses portes pour congés annuels pendant votre période de préavis, les règles changent sensiblement :
| Situation | Impact sur le préavis | Date de fin de contrat | ICCP |
|---|---|---|---|
| Fermeture décidée avant la démission | Suspension du préavis | Reportée d’autant | Versée sur les jours restants |
| Fermeture décidée après la démission | Pas de suspension | Inchangée | Versée sur tous les jours non pris |
Ces congés imposés par la fermeture sont assimilés à des congés posés avant la démission, ce qui justifie la suspension du préavis dans le 1er cas.
Démission sans préavis ou dispense de préavis
La dispense de préavis peut provenir de l’employeur ou résulter d’un accord entre les parties.
Quel que soit le cas de figure, les congés payés acquis et non pris donnent lieu au versement de l’ICCP dans le solde de tout compte. La dispense totale (pas un seul jour de préavis effectué) ouvre droit à l’indemnité sur l’ensemble des jours non pris. Une dispense partielle ne change rien au calcul : seuls comptent les jours de congés restants au moment du départ effectif.
Erreurs fréquentes et recours possibles
Les litiges liés aux congés payés en cas de démission représentent une part significative des contentieux prud’homaux. Beaucoup de ces conflits auraient pu être évités avec un meilleur suivi des droits acquis.
3 erreurs courantes qui coûtent cher
L’oubli des jours acquis sur la période N-1 est l’erreur la plus répandue : certains employeurs ne comptabilisent que la période en cours et « oublient » le reliquat.
Le pire ? L’application systématique de la méthode du maintien de salaire alors que le 1/10e est plus favorable. Cette erreur peut représenter plusieurs centaines d’euros de manque à gagner.
Enfin, le non-paiement des congés d’ancienneté prévus par la convention collective reste un classique que beaucoup de salariés ne détectent pas.
Et en cas d’erreur de l’employeur sur vos droits ?
Vous disposez d’un délai de 3 ans à compter de la date de fin du contrat pour contester le montant de votre ICCP devant le conseil de prud’hommes. Nous vous recommandons de conserver précieusement vos bulletins de paie, votre solde de tout compte et tout échange écrit avec votre employeur.
La démarche à privilégier est d’abord amiable : une lettre recommandée à votre ancien employeur détaillant l’erreur constatée suffit souvent à débloquer la situation. Si cette tentative échoue, la saisine des prud’hommes reste ouverte dans le délai de prescription.
FAQ – Tout savoir sur les congés payés en cas de démission
Est-ce que je perds mes congés payés si je démissionne ?
Non, vous ne perdez jamais vos congés payés acquis en cas de démission. Les jours non pris au moment de votre départ sont obligatoirement convertis en indemnité compensatrice de congés payés (ICCP), versée avec votre solde de tout compte. Ce droit est garanti par le Code du travail, quel que soit le motif de la rupture.
Mon employeur peut-il m’obliger à prendre mes congés pendant mon préavis ?
L’employeur ne peut pas vous imposer unilatéralement la prise de congés pendant le préavis, sauf en cas de fermeture annuelle de l’entreprise. La décision doit résulter d’un accord entre les parties. Si vous refusez, les jours non pris seront indemnisés via l’ICCP à la fin de votre contrat.
Comment est calculée l’indemnité compensatrice de congés payés ?
L’ICCP est calculée selon la méthode la plus favorable entre le 1/10e de la rémunération brute annuelle et le maintien de salaire. Votre employeur a l’obligation légale de comparer les 2 résultats et de retenir le montant le plus élevé. Les primes récurrentes et les heures supplémentaires entrent dans la base de calcul.
Puis-je poser ma démission alors que je suis en congés payés ?
La démission notifiée pendant les congés payés est parfaitement valide. Le préavis commence à courir dès la réception de votre lettre par l’employeur. Vos jours de congés restants se poursuivent normalement, et le préavis continue en parallèle (sauf accord contraire avec votre employeur).
Les congés payés reportent-ils la date de fin de mon préavis de démission ?
En principe, non. Les congés pris pendant le préavis ne reportent pas sa date de fin. Il existe cependant des exceptions : les congés validés avant la démission, la fermeture annuelle de l’entreprise ou un accord écrit entre les parties peuvent suspendre le préavis et décaler la date de sortie.
Que se passe-t-il si mon employeur refuse de me payer mes congés non pris ?
Le non-paiement de l’ICCP est illégal. Vous disposez de 3 ans pour agir devant le conseil de prud’hommes.
Commencez par adresser une réclamation écrite (lettre recommandée avec accusé de réception) à votre ancien employeur. Si aucune régularisation n’intervient, la saisine des prud’hommes vous permettra d’obtenir le paiement majoré d’éventuels dommages et intérêts.
Code du travail, articles L3141-28 et suivants (indemnité compensatrice de congés payés).
Code du travail, articles L1237-1 et suivants (préavis de démission).
Cour de cassation, chambre sociale, 2 décembre 2009, n°08-43.848 (validité de la démission pendant les congés).