Au 1er janvier 2024, la métallurgie a réalisé ce que peu de branches croyaient encore possible : fondre 76 conventions collectives territoriales en une seule convention nationale. Pour 1,5 million de salariés et leurs employeurs, c'est la fin d'un maquis réglementaire qui aura duré des décennies.
TL;DR : Cet article en bref
- 76 conventions territoriales fusionnées en une seule (IDCC 3248) le 1er janvier 2024, couvrant 1,5 million de salariés sur tout le territoire français.
- Nouvelle grille à 8 niveaux (A à H) remplaçant 180 grilles antérieures, avec salaires minimaux revalorisés chaque année selon l'inflation.
- 4 primes obligatoires encadrées par la branche : ancienneté (1 % par an dès 3 ans), 13e mois, indemnités kilométriques et prime de panier.

Une convention unique pour 1,5 million de salariés : fin du maquis ?
Avant la fusion, un technicien de maintenance dans le Rhône et son homologue en région parisienne relevaient souvent de 2 conventions différentes, avec des grilles salariales et des régimes de primes qui divergeaient parfois de façon significative entre territoires pourtant voisins. C'est précisément ce désordre que l'IDCC 3248, entré en vigueur le 1er janvier 2024, vient corriger, en unifiant sous un seul texte l'ensemble des règles applicables à la branche métallurgique sur l'ensemble du territoire national.
Pour les services RH, le gain est substantiel. Fini de jongler entre les dispositions de la convention de la Savoie, de la Bourgogne ou encore de la métallurgie parisienne : une seule source fait désormais référence. La gestion de la paie s'en trouve simplifiée, et les risques d'erreurs liés aux paramétrages multiples diminuent sensiblement. Des outils spécialisés comme un logiciel de paie BTP couvrant des activités connexes illustrent à quel point cette multiplicité représentait autrefois un vrai casse-tête, avec des risques d'anomalies de calcul à chaque embauche ou promotion.
Nous recommandons aux entreprises de vérifier que leur SIRH et leur logiciel de paie ont bien intégré l'IDCC 3248 comme convention de référence unique. Certains outils ont tardé à mettre à jour leurs paramétrages après janvier 2024, ce qui peut générer des erreurs sur les primes ou les classifications.
8 niveaux de classification : comment positionner vos salariés ?
La nouvelle convention remplace pas moins de 180 grilles territoriales par un système unifié à 8 niveaux, désignés de A à H. Chaque niveau est défini selon 3 critères que sont le degré d'autonomie dans l'exécution des tâches, la technicité du poste et la dimension de responsabilité assumée, qu'elle soit hiérarchique ou fonctionnelle. C'est l'articulation de ces 3 paramètres qui détermine le positionnement du salarié, et non plus son seul intitulé ou son diplôme.
Les grilles de salaires conventionnelles s'appliquent directement à ce classement, ce qui rend l'exercice de positionnement d'autant plus stratégique pour la maîtrise de la masse salariale.
| Niveau | Profil type | Critères clés |
|---|---|---|
| A | Opérateur débutant | Tâches répétitives, instructions précises, autonomie nulle |
| B | Opérateur qualifié | Consignes générales, technicité de base, contrôle régulier |
| C | Technicien / Agent de maîtrise débutant | Savoir-faire établi, adaptation à des situations variées |
| D | Technicien qualifié / AM confirmé | Expertise reconnue, coordination ponctuelle d'une équipe |
| E | Technicien supérieur / Responsable d'équipe | Pilotage d'une activité, technicité avancée, supervision |
| F | Cadre débutant / Responsable technique | Expertise à forte valeur ajoutée, responsabilité élargie |
| G | Cadre confirmé / Responsable d'unité | Management d'équipes, contribution à la stratégie locale |
| H | Cadre dirigeant / Expert de haut niveau | Vision stratégique, autonomie totale, périmètre global |
Le premier chantier pour les DRH consiste à réconcilier les anciennes classifications territoriales avec ce nouveau référentiel. Un exercice qui peut réserver des surprises, notamment pour les postes hybrides ou les profils polyvalents dont le positionnement dans les niveaux intermédiaires ne saute pas aux yeux au premier regard.
Salaires minimaux et primes : combien touche un salarié en 2026 ?
La revalorisation des salaires minimaux constitue l'un des apports les plus concrets de la convention unifiée. Là où les anciens accords territoriaux produisaient parfois des écarts inexplicables entre zones géographiques proches, le nouveau texte garantit des planchers identiques sur tout le territoire, revus chaque année par accord de branche en fonction de l'inflation.
Quel salaire minimum pour chaque niveau ?
Les minima bruts mensuels applicables en 2026, après revalorisation annuelle, s'établissent comme suit (montants indicatifs, à vérifier auprès des publications UIMM) :
- Niveau A : environ 1 802 €/mois
- Niveau B : environ 1 845 €/mois
- Niveau C : environ 1 900 €/mois
- Niveau D : environ 2 010 €/mois
- Niveau E : environ 2 175 €/mois
- Niveau F : environ 2 490 €/mois
- Niveau G : environ 3 050 €/mois
- Niveau H : environ 3 820 €/mois
Quelles primes obligatoires côté métallurgie ?
La prime d'ancienneté donne le ton : la branche impose plusieurs dispositifs incontournables, quels que soient les accords conclus en entreprise.
- Ancienneté : 1 % du salaire minimum par an dès 3 ans, plafonnée à 15 %.
- 13e mois : versé si un accord ou un usage constant d'entreprise le prévoit expressément.
- Indemnités kilométriques : barème conventionnel pour les trajets domicile-travail non pris en charge par les transports en commun.
- Prime de panier : due pour tout travail posté ou réalisé en horaires décalés.

Et pour le temps de travail et les congés, qu'est-ce qui s'applique ?
La durée légale de 35 heures hebdomadaires s'applique par défaut dans la métallurgie, et les heures supplémentaires majorées interviennent dès la 36e heure selon les taux définis par la loi et la convention de branche.
C'est d'autant plus structurant que de nombreuses entreprises du secteur pratiquent des semaines de 37 à 39 heures via des accords d'entreprise, avec attribution de jours RTT en contrepartie de ce dépassement régulier.
Les cadres autonomes relèvent d'un régime distinct. La convention leur ouvre le droit au forfait annuel en jours, plafonné à 218 jours travaillés par an. Ce dispositif nécessite la signature d'une convention individuelle et impose à l'employeur un suivi régulier de la charge de travail, sous peine de requalification judiciaire en heures supplémentaires.
Côté congés, chaque salarié bénéficie de 25 jours ouvrés de congés payés annuels. La convention enrichit ce socle par des jours supplémentaires pour événements familiaux (mariage, naissance, décès d'un proche), dont les durées sont précisément fixées par le texte et peuvent dépasser les minimums légaux.
La branche prévoit enfin un régime d'astreintes codifié. Le temps d'astreinte est indemnisé selon une grille propre à la convention, et toute intervention effective pendant cette période déclenche une majoration distincte. C'est souvent sur ce volet que les PME de la métallurgie se retrouvent à devoir reparamétrer leur logiciel de gestion de la paie.
Concrètement, ça donne quoi dans une PME de la métallurgie ?
Voici 2 situations concrètes pour mesurer l'impact réel de la fusion conventionnelle sur le terrain.
Chaudronnerie dans le Rhône
Avant la fusion : L'entreprise appliquait la convention régionale Rhône-Alpes. Un chaudronnier expérimenté était classé "P2" selon l'ancienne nomenclature locale, avec un salaire minimum propre à cette convention territoriale.
Après la fusion : L'IDCC 3248 impose un repositionnement. Après croisement des 3 critères conventionnels (autonomie élevée, technicité confirmée, coordination ponctuelle d'une équipe), le salarié est classé niveau D. Son minimum passe à environ 2 010 € brut, ce qui déclenche une revalorisation à répercuter dans le bulletin de paie.
Atelier de mécanique de précision en Île-de-France
Avant la fusion : L'atelier relevait de la convention de la métallurgie parisienne, qui comportait des primes locales spécifiques absentes des autres conventions territoriales.
Après la fusion : Ces avantages purement territoriaux disparaissent, sauf si un accord d'entreprise les maintient expressément. Le logiciel de paie pour PME doit être mis à jour pour appliquer les nouvelles dispositions de l'IDCC 3248 et écarter tout risque de contentieux aux prud'hommes.
Nous recommandons d'effectuer un audit complet de la classification de vos salariés et de vérifier que votre outil de paie applique bien les minima de l'IDCC 3248. Un écart non corrigé expose l'entreprise à des rappels de salaires rétroactifs pouvant remonter jusqu'à 3 ans.
FAQ : Tout savoir sur la convention collective de la métallurgie
La convention collective métallurgie s’applique-t-elle à mon entreprise ?
L'IDCC 3248 s'applique à toute entreprise dont l'activité principale relève de la métallurgie. La vérification passe par le code NAF figurant sur votre extrait Kbis : les codes des familles 24 à 33 (fabrication de produits métalliques, équipements mécaniques, matériels électriques) sont généralement concernés. En cas de doute sur votre périmètre d'assujettissement, l'UIMM de votre territoire peut vous aider à le confirmer rapidement.
Comment classer mes salariés avec la nouvelle grille de classification ?
Le positionnement s'effectue poste par poste, en croisant les 3 critères conventionnels : autonomie, technicité et responsabilité. L'UIMM met à disposition des fiches de postes types qui facilitent grandement ce travail de comparaison. Il est préférable de commencer par les postes les plus nombreux ou les plus exposés, et de documenter chaque décision pour pouvoir la justifier en cas de contestation par un salarié ou lors d'un contrôle.
Quels sont les minima de salaire en 2026 par niveau ?
Les salaires minimaux 2026 s'échelonnent d'environ 1 802 € brut/mois au niveau A jusqu'à 3 820 € brut/mois au niveau H. Ces planchers sont revalorisés chaque année par accord de branche, en tenant compte de l'évolution de l'inflation. Pour disposer des montants officiels à jour, consultez le Code du travail numérique ou les publications annuelles de l'UIMM.
Quelles primes sont obligatoires en métallurgie ?
La prime d'ancienneté s'impose dès 3 ans de présence, à raison de 1 % par an, plafonnée à 15 % du salaire minimum conventionnel. S'y ajoutent la prime de panier pour les horaires décalés, les indemnités kilométriques selon barème conventionnel, et le 13e mois lorsqu'un accord ou un usage constant d'entreprise le prévoit. Ces dispositifs sont cumulables avec tout avantage plus favorable négocié par accord d'entreprise.
📚 SOURCES
- Convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022 (IDCC 3248), Légifrance (2024)
- Accord national du 7 février 2022 sur la classification professionnelle en métallurgie, UIMM, La Fabrique de l'Avenir (consulté en 2026)
- Grille de salaires minimaux métallurgie 2026, Code du travail numérique (2026)