Le CDD n'est pas un contrat qu'on quitte sans formalité. Beaucoup le croient, et pourtant : la loi prévoit bel et bien un préavis dans plusieurs situations précises. Que vous soyez salarié en CDD ayant décroché un CDI, ou employeur souhaitant anticiper la fin d'un contrat à terme imprécis, les règles varient selon le motif de rupture. Et leur non-respect expose l'une ou l'autre des parties à des conséquences financières bien réelles.
TL;DR : Cet article en bref
- Calcul du préavis : 1 jour par semaine travaillée, plafonné à 2 semaines (article L1243-2 du Code du travail)
- 4 cas de dispense automatique : faute grave, inaptitude médicale, force majeure, rupture d'un commun accord
- CDD à terme imprécis : délai de prévenance distinct selon l'ancienneté, de 24h à 2 semaines

Rupture anticipée pour un CDI : comment calculer le préavis ?
Lorsqu'un salarié en CDD obtient un CDI avant le terme de son contrat, la loi lui permet de partir plus tôt, sous conditions précises. L'article L1243-2 du Code du travail établit la règle : le préavis est calculé à raison d'1 jour par semaine de travail effectué, dans la limite légale de 2 semaines, quelle que soit la durée restante du contrat.
Ce mécanisme est plus restrictif qu'il n'y paraît. Il ne s'applique qu'en cas d'embauche en CDI avérée : le salarié doit être en mesure de produire un justificatif (lettre d'engagement ou promesse d'embauche signée). Pour sécuriser le décompte et éviter toute erreur de calcul, un logiciel de paie intégrant automatiquement cette règle représente un appui précieux pour les équipes RH.
| Durée du CDD effectuée | Préavis calculé | Préavis réel appliqué |
|---|---|---|
| 3 semaines | 3 jours | 3 jours |
| 6 semaines | 6 jours | 6 jours |
| 10 semaines | 10 jours | 10 jours |
| 14 semaines | 14 jours | 14 jours (= 2 semaines) |
| 20 semaines | 20 jours | 14 jours (plafond légal) |
Nous recommandons de conserver une trace écrite de la demande de rupture pour CDI : la lettre du salarié mentionnant son embauche, accompagnée de la réponse de l'employeur précisant la date de début du préavis. En cas de litige sur la durée ou la légitimité du délai, cette traçabilité constitue votre meilleure protection juridique.
CDD à terme imprécis : quelles particularités pour le préavis ?
Un CDD à terme imprécis fonctionne autrement : sa date de fin n'est pas fixée dès la signature, car elle dépend du retour d'un salarié absent ou de la réalisation d'un événement particulier. Dans cette configuration, on ne parle plus de préavis au sens strict, mais d'un délai de prévenance que l'une ou l'autre des parties doit respecter pour signifier la fin du contrat.
L'article L1243-2 du Code du travail organise ce délai en 3 tranches selon l'ancienneté du salarié dans le contrat :
- Moins de 8 jours d'ancienneté : 24 heures de prévenance suffisent
- Entre 8 jours et 1 mois d'ancienneté : le délai monte à 48 heures
- Au-delà d'1 mois d'ancienneté : 2 semaines de prévenance sont exigées
La distinction avec le CDD à terme précis est fondamentale. Quand la date de fin est connue dès la signature, le contrat s'éteint naturellement sans qu'aucun délai ne soit requis. Dès lors que le terme est incertain, ce dispositif entre en jeu et chaque seuil d'ancienneté doit être surveillé avec rigueur. Un logiciel d'administration du personnel permettant de suivre l'ancienneté en temps réel vous évitera de manquer ces paliers critiques.
Quand le préavis ne s'applique-t-il pas en CDD ?
Tous les cas de rupture anticipée du CDD n'impliquent pas de délai à respecter. Le Code du travail (articles L1243-1 à L1243-4) en prévoit 4 dans lesquels la rupture est immédiate :
- Faute grave : la rupture intervient sans délai ni indemnité de rupture. La Cour de cassation exige que la faute rende impossible le maintien du salarié dans l'entreprise, même temporairement. Ce critère est interprété strictement par les juges.
- Inaptitude médicale constatée : dès lors que le médecin du travail déclare formellement le salarié inapte à son poste, le contrat peut être rompu sans délai.
- Force majeure : l'événement doit être extérieur, imprévisible et irrésistible. Les situations réellement constitutives de force majeure restent rares et s'apprécient au cas par cas.
- Rupture d'un commun accord : lorsque les 2 parties s'entendent pour mettre fin au contrat avant son terme, aucun préavis n'est exigé de part et d'autre.

Rupture d'un commun accord : comment procéder sans préavis ?
La rupture d'un commun accord résulte d'une négociation libre entre l'employeur et le salarié, sans procédure légale imposée. Cette souplesse est appréciable, mais elle exige une rigueur rédactionnelle absolue pour éviter tout contentieux ultérieur.
C'est d'autant plus critique que l'accord verbal ne suffit pas. Contrairement à la rupture conventionnelle applicable aux CDI, la rupture d'un commun accord en CDD ne bénéficie d'aucun délai légal de rétractation : l'accord est définitif dès qu'il est formalisé par écrit.
Nous vous recommandons de formaliser la rupture par un avenant au contrat ou un document distinct signé des 2 parties, précisant la date de fin convenue et la volonté mutuelle de rompre. Sans ce document, le salarié pourrait contester la rupture ultérieurement et en demander la requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Et si l'employeur ou le salarié ne respecte pas le préavis ?
Lorsque le salarié quitte son poste sans respecter son préavis, l'employeur peut opérer une retenue sur salaire correspondant à la période manquante ou réclamer une indemnité compensatrice. Une démission sans préavis non justifiée peut même être requalifiée en abandon de poste, avec des effets potentiels sur les droits à l'assurance chômage.
Si c'est l'employeur qui rompt le contrat sans respecter le délai imparti, il doit verser une indemnité compensatrice égale au salaire de la période non effectuée et s'expose à des dommages-intérêts si le salarié démontre un préjudice distinct.
FAQ : Tout savoir sur le préavis en CDD
Peut-on démissionner d’un CDD sans préavis ?
Non, pas librement. En CDD, la rupture anticipée à l'initiative du salarié n'est possible que dans des cas très limités : obtention d'un CDI (avec préavis calculé selon la règle légale), rupture d'un commun accord, ou faute grave de l'employeur. En dehors de ces situations, partir sans délai expose le salarié à une indemnité compensatrice réclamée par l'employeur.
Le préavis en CDD est-il rémunéré normalement ?
Oui, sans réduction. Le salarié qui effectue son préavis continue à percevoir son salaire dans les mêmes conditions qu'au cours du reste de son contrat. Avantages en nature, primes habituelles et congés payés restent inchangés. Cette période est par ailleurs prise en compte dans le calcul des droits à l'assurance chômage.
Quelle différence entre préavis et délai de prévenance en CDD ?
Le préavis concerne la rupture anticipée d'un CDD à terme précis, notamment pour partir en CDI : il se calcule à raison d'1 jour par semaine travaillée, avec un plafond de 2 semaines. Le délai de prévenance s'applique uniquement aux CDD à terme imprécis et varie de 24 heures à 2 semaines selon l'ancienneté du salarié.
Les conventions collectives peuvent-elles modifier la durée du préavis ?
Oui, à condition d'être plus favorables au salarié. La loi fixe un plancher légal que la convention collective peut améliorer, jamais réduire. Si votre accord de branche prévoit un délai plus long, c'est lui qui s'applique. En cas de doute, la disposition la plus avantageuse pour le salarié prime toujours.
Que se passe-t-il si je ne fais pas mon préavis en CDD ?
L'employeur est en droit de vous réclamer une indemnité compensatrice correspondant au salaire que vous auriez perçu pendant la durée non effectuée. Dans les cas les plus graves, notamment si vous partez sans prévenir, la rupture peut être requalifiée en abandon de poste, avec des effets négatifs possibles sur vos droits à l'assurance chômage.
L’employeur peut-il dispenser le salarié d’effectuer son préavis ?
Oui, avec l'accord du salarié. L'employeur peut décider que le salarié n'effectuera pas son préavis, mais il reste tenu de verser l'intégralité de l'indemnité compensatrice correspondante. Cette dispense ne prive pas le salarié de ses droits : elle lui permet simplement de quitter l'entreprise plus tôt tout en étant rémunéré normalement.
📚 SOURCES
- Code du travail, article L1243-2 : règles de calcul du préavis en CDD et délai de prévenance pour les contrats à terme imprécis
- Code du travail, articles L1243-1 à L1243-4 : cas de rupture anticipée du CDD et dispenses de préavis
- Service Public Entreprendre : Fin d'un contrat à durée déterminée, réglementation et indemnités (consulté en 2026)